Même quand je crois démasquer, déchiffrer l’autre au-delà de sa première apparence, je ne peux jamais être sûr de mon interprétation. Le comportement que je prends comme révélateur n’est peut-être qu’une feinte supplémentaire par laquelle l’autre brouille les cartes.
Voir à ce propos le film En compagnie des hommes de Neil La Bute ou Les mémoires d’Adrien de Marguerite Yourcenar : le soupçon que les belles amantes ne se révèlent de terribles matrones dès que l’amant s’en est allé d’où, par la suite, l’usage des registres de police pour mieux connaître ceux à qui il a affaire.(pages.75-76 Folio) .
Dans ses intentions, ses sentiments et sa volonté profonde, l’autre est un mystère. Son intériorité le constitue en secret.
L’art de simuler et dissimuler est d’ailleurs une forme de manipulation des autres comme de protection de soi.
Mais ne serait-ce pas plutôt le besoin de se protéger de la cruauté des autres, de leurs jugements et de leur mépris éventuel. ( D’ailleurs Machiavel recommande à l’homme de valeur de ne jamais sous-estimer qu’on croira qu’il dissimule même si, de fait, il ne dissimule pas d’où la nécessité de le faire… )
Baltasar Gracian dans son Homme de cour précise que « La science du plus grand usage est l’art de simuler »